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Les fêtes du Solstice d’été selon l’Histoire Européenne

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Si le Culte Solaire est très probablement l’une des plus ancienne manifestation dogmatique spirituelle, il est aussi recevable d’avancer qu’il perdura depuis les Premiers Hommes jusqu’aux temps actuels.

La Fête du Solstice d’été est devenue au fil des siècles ce que nous connaissons actuellement en France : une fête laïque, voire profane, mais qui conserve tout de même certains des attributs majeurs de son essence première. Nous voulons bien sûr parler ici de la Fête de la Musique.

Partagée de par le monde sous de multiples formes et plus précisément en Europe où elle n’a jamais perdu de sa vitalité ; elle regagne aujourd’hui certaines de ses lettres de noblesse notamment grâce à divers groupements d’intérêts patrimoniaux.
Mais si elle retrouve sa densité et son sens par endroit, il est une chose qu’elle n’a jamais laissé aux temps : sa superbe et son esprit de partage, de rassemblement, si cher aux Peuples Premiers d’Europe.

 

La place de la fête dans le cycle de l’année

 

Tout comme Yule / Noël dont il est l’antagoniste parfait et que nous avons déjà évoqué dans un précédent article, le Solstice d’été; aussi appelé « Fête de Litha » dans l’ancienne tradition Celtique, de « lithos » la pierre et par extension le sol ; vient marquer la fin d’un cycle et le début d’un autre. Situé six mois plus tard que Yule, Litha consacre le jour le plus long de l’année et marque le début de la réduction de ceux-ci en une marche régulière et inexorable vers un nouvel hiver.

C’est aussi à ce moment que la période des fenaisons ; couramment les « foins » ; s’achèvent, où l’on termine les réserves de fourrages pour l’hiver et où l’on débute le cycle des moissons. Cette période de l’année, très chargée en fêtes et en rites de tous genre depuis la Haute Antiquité jusqu’à nos jours demeurait comme l’une des plus attendue et suivie par toute la société.

Notons que cet équilibre bipolaire annuel est en fait quadripolaire puisque les équinoxes y tiennent une place tout aussi importante dans le décompte des jours et le rythme des activités humaines.
Bien que moins connues ou visibles, ces célébrations que nous qualifierons ici de « mineures » avec une certaine prudence permettent la partition du temps de l’année en quatre parties égales, réglées par la course des étoiles. Ce chiffre, là encore lourd de sens, n’est pas sans nous rappeler l’idée de la continuité et de l’éternel recommencement, toujours très présent dans les patrimoines religieux et spirituels d’Europe et d’ailleurs.

 

Les éléments constitutifs de la fête

 

Le feu

 

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Feu du solstice d’été.
Photo par Simond, éditions Adelring

Et c’est d’ailleurs pour célébrer ce jour le plus long que depuis aussi loin que remontent nos sources les plus sérieuses, il est d’usage d’allumer de grands bûchers dès la fin du jour afin que toute la nuit brûle la lumière censée repousser encore un peu les ténèbres qui s’annoncent.
Cette utilisation quasi systématique du feu a sans doute pour origine la nature ambivalente de ce prodige visuel : il réchauffe et brûle en même temps, il détruit mais est source de vie et de réconfort quand les ombres s’installent.

De même qu’à Noël, cette tradition du brasier symbolique ou « Feu de Joie » fut conservée par l’Eglise Catholique en Europe. Elle l’a d’ailleurs fait coïncider avec plusieurs célébrations dédiées au Solstice, notamment les fameuses fêtes de la Saint Jean et où est prié Saint Jean le Baptiste ; personnage éminemment important de la Chrétienté et sur lequel nous reviendrons plus en détail dans un prochain article. Retenons seulement qu’à cette occasion est fêté l’acte de naissance / renaissance, non au sens de la résurrection physique, mais bien de la Renaissance au monde, semblable à un éveil spirituel.

Il était alors d’usage au sein des villages que toute personne qui souhaitait repousser le Mal et s’attirer les bonnes grâces divines, devait sauter par-dessus une barrière de flammes ou de braises encore rougeoyantes. Petit foyer allumé pour l’occasion depuis le grand brasier rituel et qui était aussi sensé apporter chance et prospérité aux jeunes mariés dans l’année.

 

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Thor et Loki dans le chariot, 1901, par H.L.M.

Cette symbolique de continuité par le feu régénérateur n’est pas sans rappeler un épisode de la fameuse Edda de Snorri Sturluson (*) où est relaté un fait similaire : le dieu Thor, accompagné de son frère Loki, s’arrêtent chez un paysan pour passer la nuit. A la tombée du jour les deux boucs qui tirent son char, des symboles solaires, sont tuées puis préparés pour le festin. Une fois celui-ci terminé, les os des deux animaux sont jetés par delà le feu afin qu’au matin ils soient ressuscités. Mais dans cette histoire le fils du paysan brise le fémur de l’un des mâles et selon les versions, le garde près de lui la nuit sans le jeter par dessus le feu.

Quand au matin le dieu du Tonnerre bénit les dépouilles de son marteau avant que ne pointe l’aube, il ramène à la vie l’un des bouc boiteux à la patte arrière.

Notons pour finir que ce rituel de purification et d’invocation d’augures bénéfiques se retrouve sur une bonne partie de la planète avec la même signification ; en Inde, au Japon ou en Amérique du Nord par exemple.

(*) : Chapitre 44 de la Gylfaginning, ou La Mystification de Gylfi

 

Le banquet

Le Solstice d’été est aussi prétexte à l’organisation au sein de chaque groupe social de banquets conséquents afin de remercier la Terre de ses bienfaits et aussi de symboliquement commencer à faire des réserves avant les premiers mois de disette.
Considéré par certains historiens comme une caractéristiques secondaires de ces célébrations, nous tenons à rappeler que les festins alors organisés répondaient à des codes et des cérémoniels précis, que les plats qui y étaient servis constituaient aussi une référence à la fête en question et que surtout ils appelaient à des récoltes abondantes et à des échanges fructueux avec les communautés voisines pour les mois à venir.

Cette dimension véritablement sociale et grégaire du partage d’un repas ne nous est pas inconnue puisque c’est très souvent par la table que se nouent les amitiés autant que les pactes et les alliances. Loin d’être triviale ou caricaturale, cette facette des cérémonies anciennes ne doit jamais être appréhendée à la légère ou isolée du reste du phénomène culturelle et religieux ; ne serait-ce que parce qu’elle en est probablement l’un des constituants les plus élémentaires et atemporel.

Ces banquets étaient aussi l’occasion de consacrer des unions et de renouveler des serments qui selon certaines normes, devaient l’être tous les ans à la même date.
Le mariage Celtique notamment, était de ceux-là et la cérémonie du Culte Solaire s’y prêtait à merveille en plus d’hommages aux divinités au sein des sanctuaires.

 

Les danses

Les célébrations du Solstice d’été sont, encore aujourd’hui, proprement indissociable des danses qui les accompagnent.
Obéissant à des règles complexes, définies par avance et porteuses de sens cachés ou symboliques, les danses et performances ont toutes pour objectif de chanter la Nature, de rendre grâce à la Terre nourricière, d’invoquer la fertilité pour les cultures et dans un sens plus hermétique, pour les femmes de la communauté.

Combinant très souvent jeux rituels d’opposition et de séduction entre hommes et femmes, exploits imagés mais aussi des passages plus théâtralisés et mettant en scène les participants en rapport avec les « Feux de Joie », le but premier de ces danses était véritablement d’attirer la faveur divine sur les intervenants. Gages de bons augures, de succès dans les affaires ou en amour, c’était un rendez-vous que ne manquaient sous aucun prétexte les jeunes générations qui entraient de ce fait de plein pied dans le cycle du monde, et donc dans l’âge adulte.

Aujourd’hui ces danses se pratiquent essentiellement en couple et se rapprochent de valses champêtres. Pratiquées autour du feu rituel et sous la protection de « l’Arbre de Mai » ; planté un mois plus tôt comme nous l’avons mentionné dans un autre article; dont la forme reste très variable selon les provinces Scandinaves et Germaniques où il est encore érigé, ces danses ont aussi valeur de séduction entre deux amants qui se plaisaient et consacraient ainsi « dans les formes », puisqu’aux yeux de toute la communauté, les sentiments qui pouvaient les unir.

Vidéo de danse au solstice d’été à Stockolm, Suède

 

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Danses autour du feu. Source de la photo : http://agentssanssecret.blogspot.fr/2011/06/celebrons-le-solstice-dete.html

 

 

 

 

 

 

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Arbre de Mai
photo : Markus Bernet https://commons.wikimedia.org/wiki/File:Midsommarstång.jpg

Le chant

L’un des aspects les plus visibles à l’heure actuelle de l’ancienne nature des fêtes du Solstice est la place du chant et de la musique.
Utilisés pour rythmer les cérémonies, accompagner les danses ou louer les divinités, les séquences musicales ont toujours été porteuses de sens sacrés.

C’était déjà particulièrement vrai à l’époque Celtique puisque les chants entonnés au moment des fêtes devaient apporter la guérison et la résistance tant aux malades qu’aux récoltes qui s’annonçaient. S’il est possible de rapprocher cela d’incantations visant à s’attirer les faveurs divines, il est important de rappeler que c’était dans le suivi précis des dogmes rituels et non dans les chants sacrés que devaient résider le véritable « pouvoir » de la dévotion. Les chants et musiques n’étant alors que des repères afin de guider les participants et les fidèles tout au long du processus cérémoniel.

Il ne reste aujourd’hui pour ainsi dire que peu de traces sérieuses de la nature de ces chants. Tout au plus pouvons nous avancer qu’ils devaient être particulièrement joyeux, égards à la nature festive de la célébration.

 

L’idée du cycle ou l’éternel recommencement

 

Comme nous avons pu le voir, les célébrations du Solstice d’été furent et sont encore d’actualité. Nombreux sont les villages, régions, pays ou même états où l’on fête toujours le passage du Soleil. Ces festivités toujours très suivies chez nos voisins Baltes et Scandinaves ( voyez le « Midsommar » suédois ) ; s’exportent de plus en plus sous nos latitudes où elles n’ont pourtant jamais totalement disparues : Feux de Provence, Bûchers Jurassiens, Feux de la Saint Jean, …

Mais au-delà de la renaissance de ce patrimoine immatériel et millénaire, il y a l’idée que le temps dans sa course folle et ininterrompue revient toujours là où il semble avoir commencé. L’idée de cycle est présente, prégnante même, au sein de ces festivals anciens qui rappellent que si l’Homme a un jour pu s’élever vers les étoiles en les admirant, il est d’abord un fils de la Terre. Une Terre qui l’a enfanté, nourri et vu grandir et pour laquelle il éprouve toujours un besoin irrépressible de chanter ses louanges lorsque le Soleil est à son Zénith, au firmament.

Joyeux Solstice d’été ! Simond